Qui aurait pu le croire ? Depuis disons, "aujourd'hui
et demain" (leur avant dernier LP), les gens de La Souris
Déglinguée, jadis farouches garants d'un certain
punk version française fréquemment garni d'illères
- et restés seuls tenants du titre après la
défection des pitoyables Oberkampf - affirment une
telle volonté "d'ouverture" et de stylisation
que le skin moyen n'y retrouvera plus ses bretelles.
"la cité des anges", leur précédent
album, pouvait passer pour leur chef d'uvre. "Eddy
Jones", dans la lignée, figure un véritable
patchwork de genres et d'influences heureusement digérées
: de l'altruiste rockabilly ("le bop de la dernière
chance") à une goguette de salsas en passant pas
le ska retors et même un guilleret cha-cha-cha ("la
nuit sera blanche"), La Souris swingue désormais
avec brio sur des rythmes prétendument " exotiques
", mais - que les punks se rassurent - n'en reste pas
moins foncièrement " rock " : En fait, "
Eddy Jones " sonne souvent comme la version speedée
que les Specials donnaient des standards de Desmond Dekker.
Et si on peut peut être regretter par moment la frappe
" musclée " du batteur, qui aurait tendance
à "écraser" quelque peu certaines
des plus volatiles mélodies de l'album, on souscrit
totalement par contre aux "voix chinoises" des churs,
venues étayer de leur spéciale beauté
les éternelles histoires d'exil scandées par
Tai Luc
Ajoutons encore que la production est signée Slim Pezin,
vieille légende des studios français et notoire
collectionneur de guitares Vintage qui - anecdote - ne fut
pas peu surpris, paraît-il, de découvrir les
héroïques mais usés instruments de nos
infatigables rockers nationaux