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La Souris Déglinguée était là
depuis 79 et resta fidèle au poste. Avec son punk-rock
souvent martelé de rockabilly (le "let's get
together" de Cochran enfilé à "Blue
suede shoes"... quelle belle idée !). Ils ont
même sorti un LP chez New Rose, après avoir
pris - durant toutes ces années - chaque scène
offerte, d'assaut.
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Il avait les cheveux longs. Très longs. Et cela apportait
à la finesse de ses traits quelque chose comme une
noblesse indienne, ou des visions de Samouraï. Il s'appelait
Taï. Son nom n'a pas changé si la lourde masse
de cheveux noirs et brillants a été coupée.
Avec ses amis de banlieue, il venait nous voir répéter,
avec Henri-Paul. Dans la cave de l'Open Market. C'était
il y a très longtemps. A l'époque bénie
de la découverte de "Nuggetts" et de Dr
Feelgood... Un punk de banlieue comme il y en avait alors
si peu.
Bien plus tard, après les feux de 77, il saluait
l'agonie du punk-rock et la montée du power-pop par
la création de son propre groupe. Enfin. Ses origines
vietnamiennes en étendard, une Fender Mustang portée
haut les curs. La Souris Déglinguée
était née. Avec des copains de banlieue. Elle
investissait son champ de manuvre naturel : le Gibus
Club. Avec des chansons qui se voulaient sociales. Avec
des chansons qui se voulaient témoignages d'une réalité
banlieusarde et émigrée. Les déracinés.
Comme tous les punks de la première heure. Taï
avait bon goût. Il ne se contentait pas des Pistols
ou du Clash comme unique vivier d'influences, mais puisait
dans sa discothèque les effigies bariolées
des disques de Duane Eddy, des Shadows of Knight ou d'Eddie
Cochran. Tout cela donnait un rock fort pur, ultra-speedé
comme l'avait voulu 77, mais décoré d'influences
diverses. Le rockabilly surtout.
Les chansons - en français, bien évidemment
- parlaient de petites surs maghrébines prénommées
Yasmina, des conflits du métro République
et de tous les rebelles. Skinheads, punks, sniffeurs de
colle à rustine, et rockies. Untamed Youth. Comme
un film avec Cliff Richard. Le son et le style de La Souris
étaient nés. Ne manquaient plus que quelques
rodages que le temps offrirait bien et, surtout, une maison
de disques prête à parier sur ces rebelles.
La Souris dut attendre trois ans en ne demandant guère
plus que ces rares shows de M.J.C, l'inévitable tremplin
du Golf Drouot, ou les festivals avec la pluie mais sans
sound-check. Aucun Stray Cat à l'horizon pour leur
faire rêver de la timbale dorée, aucune mode
dont ils pourraient tirer le jus de leur succès...
Et pourtant... Tout comme Oberkampf, ils avaient, bien sûr,
ce que le public français privilégie souvent
: la fameuse "street credibility", le sens du
pavé. Comme Lavilliers, Trust ou Renaud. Petits maquereaux
qui ont rançonné le rock français de
tout ce qui a fait son succès. Il ne manquait finalement
à La Souris que le pari à grand spectacle
d'une multinationale prête à y croire, prête
à user de son pouvoir... Mais ces choses là
n'arrivent JAMAIS à des groupes comme La Souris...
Alors un album est né. Chez New Rose. Label marginal
qui n'a que la vertu de son goût et la toile d'araignée
des distributeurs branchés qu'elle a su tisser. Insuffisant
pour rêver au hit-surprise qui a pu faire un Jacno...
Il est bon ce disque, pourtant. Une rythmique tout en riffs
de luxe. Des mots dont la naïveté passe beaucoup
mieux sur le vinyl que sur le papier. Verlan, allusions
aux bandes concurrentes qui déchirent Paris, politisation
et rébellion au premier degré, La Souris défend
les maudits et le ghetto. Qu'ils soient du métro
Belleville ou des banlieues mouillées et ennuyées.
"Yasmina" est même un pur rockabilly où
la guitare acoustique presse une batterie haletante et un
solo de guitare sans complexes. Le reste évoque Clash,
tous ces héros d'un jour, du Roxy ou du Vortex, des
Unwanted aux Lurkers. Ces riffs pressés et cette
technique débottée sur le terrain. Au long
des heures de répétition. Plus une production
décidément honnête. Derrière
la photo noir et blanc de la pochette (qui doit beaucoup
à Belle Journée en Perspective et à
leur livre, "I am a cliché") se cache un
des rares groupes parisiens efficaces. Un des rares qui
ne détalera pas à la première difficulté.
Trop longtemps que La Souris existe pour renoncer maintenant.
Ils ont connu toutes les bagarres et pas mal de galères.
Leur guitariste porte à vie le témoignage
balafré d'une de leurs plus dures expériences.
Chacun se souvient du "DESTROY" qui avait accompagné
l'un de leurs concerts en un cinéma investi pour
la circonstance. Non, ils sont fidèles au poste et
leurs amis se comptent plus dans les chefs de bandes et
les allumés du Gibus Club que dans les antichambres
feutrées de la scène parisienne. Tous leurs
concerts sont soutenus par un following naturel de skinheads
et de punks... Et, peut être bientôt la fièvre
intéressée qui accompagne désormais
chaque mouvement d'Oberkampf.
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